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Les paraboles de Jésus

Chapitre 28

La récompense de la grâce

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Les Juifs avaient presque complètement oublié la vérité relative à la grâce divine. Les rabbins affirmaient que la faveur de Dieu devait se gagner. Ils espéraient mériter par leurs oeuvres la récompense des justes. C'est la raison pour laquelle leur culte était empreint d'esprit mercenaire. Même les disciples de Jésus ne s'étaient pas tout à fait affranchis de cet esprit; aussi le Christ saisissait-il toutes les occasions pour leur montrer leur erreur. Au moment où il allait prononcer la parabole des ouvriers, un incident se produisit qui lui donna l'occasion de présenter la vérité.

Tandis qu'il cheminait, un jeune chef survint et s'inclina respectueusement pour le saluer. « Bon maître, lui demanda-t-il, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle? » (Marc 10:17)

Le chef s'était adressé à lui simplement comme à un rabbin éminent, sans discerner en lui le Fils de Dieu. Le Sauveur lui répondit : « Pourquoi m'appelles-tu bon? Il n'y a de bon que Dieu seul. » (Marc 10:18) Sur quelle base me donnes-tu à moi ce qualificatif? Dieu seul est bon. Si tu me reconnais comme tel, tu dois aussi me recevoir comme son Fils et son représentant. « Si tu veux entrer dans la vie, ajouta Jésus, observe les commandements. » (Matthieu 19:17) Le caractère du Tout-Puissant est révélé dans sa loi. Il faut donc t'inspirer de ses principes dans tous tes actes si tu veux être en harmonie avec lui.

Le Christ n'amoindrit pas les exigences de la loi divine. En un langage clair et précis, il montre que l'observation des commandements est la condition de la vie éternelle. La même condition était requise d'Adam avant son péché. Le Seigneur n'attend pas moins de nous aujourd'hui que d'Adam au paradis terrestre; il demande une obéissance parfaite et une justice irréprochable. Les exigences demeurent sous l'alliance de grâce ce qu'elles étaient au jardin d'Éden l'observation de la loi de Dieu, qui est sainte, juste et bonne.

À l'injonction : « Observe les commandements », le jeune homme répliqua : « Lesquels? » Il pensait qu'il était sans doute question de quelque précepte cérémoniel, alors que le Sauveur faisait allusion à la loi édictée au mont Sinaï. Le Christ mentionna plusieurs des commandements gravés sur la seconde table du Décalogue, puis il les résuma dans cette formule : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Matthieu 19:19)

Sans hésiter, le jeune homme lui répondit : « Maître, j'ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse. » (Marc 10:20) Sa conception de la loi morale était superficielle. À vues humaines, sa vie était irréprochable, du moins sur le plan extérieur. Il s'imaginait donc avoir atteint à une obéissance parfaite. Toutefois, il craignait secrètement de ne pas être absolument en règle avec Dieu. C'est ce qui le poussa à poser cette question : « Que me manque-t-il encore? » (Matthieu 19:20)

Jésus lui dit : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. Après avoir entendu ces paroles, le jeune homme s'en alla tout triste; car il avait de grands biens. » (Matthieu 19:21,22)

L'amour de soi est une transgression de la loi de Dieu. C'est ce que Jésus voulait faire comprendre à son interlocuteur; aussi le soumit-il à une pierre de touche qui allait mettre en évidence son égoïsme. Il lui dévoila le foyer d'infection de son caractère. Le jeune homme ne désirait pas d'autre lumière. Il chérissait une idole : le monde était son dieu. Il prétendait garder les commandements, mais il ne possédait pas le principe qui en est l'esprit et la vie. Il n'éprouvait pas un véritable amour pour Dieu et ses semblables. Il lui manquait l'essentiel pour entrer dans le royaume de Dieu. Son amour du moi et des avantages matériels le mettait en dissonance avec le ciel.

La sincérité et la ferveur de ce jeune chef lui avaient valu la sympathie du Sauveur. « Jésus, l'ayant regardé, l'aima. » (Marc 10:21) Il avait vu en lui un futur prédicateur de la justice. Il aurait reçu ce noble et ses talents avec empressement, comme il avait reçu les humbles pêcheurs qui le suivaient. Si ce jeune homme avait voulu se consacrer au salut des âmes, il serait devenu un ouvrier diligent et efficace au service du Maître.

Mais il devait tout d'abord accepter les conditions de l'apostolat et se donner à Dieu sans la moindre réserve. À l'appel du Sauveur, Jean, Pierre, Matthieu et leurs compagnons quittèrent tout et le suivirent (Voir Luc 5:28) La même consécration était exigée de la part du jeune chef. Le Christ ne lui demandait pas un sacrifice plus grand que celui auquel il avait consenti lui-même. Il « s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis. » (2 Corinthiens 8:9) Le jeune homme n'avait pas autre chose à faire que de suivre ses traces.

En le regardant, Jésus fut saisi du désir ardent de gagner son âme. Il aurait voulu l'envoyer porter la bonne nouvelle du salut. Pour compenser ce qu'il lui demandait de laisser, Jésus lui offrait le privilège de sa présence. « Suis-moi. », lui dit-il. Pierre, Jacques et Jean avaient considéré cette prérogative comme un sujet de grande joie. Le jeune homme lui-même éprouvait une vive admiration pour le Christ. Il se sentait attiré par lui, mais n'était pas prêt à accepter son principe de renoncement. Il attachait une plus grande valeur à ses richesses qu'à Jésus. Il désirait la vie éternelle, mais il refusait d'accepter dans son coeur cet amour désintéressé qui est la source de toute vie. Avec tristesse, il s'éloigna du Sauveur.

Comme le jeune homme s'en allait, Jésus dit à ses disciples : « Qu'il sera difficile à ceux qui ont des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu! » (Marc 10:23) Ces paroles surprirent les disciples, qui avaient toujours considéré les riches comme les favoris du ciel. Ils espéraient recevoir eux-mêmes la puissance terrestre et les richesses dans le royaume messianique. Si les riches n'entraient pas dans ce royaume, quelle espérance pourrait-il bien y avoir pour le reste des hommes?

Jésus reprit :« Mes enfants, qu'il est difficile à ceux qui se confient dans les richesses d'entrer dans le royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. Les disciples furent encore plus étonnés. » (Marc 10:24-26) Ils comprenaient maintenant que cet avertissement solennel leur était aussi adressé. Les paroles du Sauveur avaient mis en évidence leur soif inavouée de richesse et de puissance. Saisis de crainte en pensant à eux-mêmes, ils s'exclamèrent : « Et qui peut être sauvé? »

« Jésus les regarda, et dit : Cela est impossible aux hommes, mais non à Dieu : car tout est possible à Dieu. » (Marc 10:27)

Un riche, en qualité de riche, ne peut hériter le royaume des cieux. Ses biens ne lui donnent aucun droit à l'héritage glorieux des saints. Ce n'est que par la grâce imméritée du Christ que l'homme entrera dans la cité de Dieu.

Ces paroles du Saint-Esprit s'adressent aussi bien aux riches qu'aux pauvres : « Vous ne vous appartenez point à vous-mêmes? Car vous avez été rachetés à un grand prix. » (1 Corinthiens 6:19,20)

Lorsque les hommes sont convaincus de la véracité de ces affirmations, ils considèrent leurs richesses comme un dépôt qu'ils doivent employer en se laissant guider par Dieu pour sauver ceux qui se perdent et secourir les pauvres et les malades. De nous-mêmes, nous ne pouvons le faire, car notre coeur est attaché aux biens terrestres. Celui qui est esclave de Mammon reste sourd aux cris de l'humanité en détresse. Mais toutes choses sont possibles à Dieu, et la contemplation de l'amour incomparable du Christ touchera et gagnera les coeurs égoïstes. Le riche dira, avec Saul le pharisien : « Ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ. Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l'excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur. » (Philippiens 3:7,8) Les gens fortunés ne regarderont plus leurs biens comme leur propriété personnelle, et ils seront heureux de se considérer comme les dispensateurs des multiples grâces de Dieu et les serviteurs de tous les hommes par amour pour lui.

Pierre fut le premier à se remettre du sentiment de condamnation personnelle provoqué par les paroles du Sauveur. Il songeait avec satisfaction à ce que lui et ses compagnons avaient fait pour le Seigneur. « Voici, nous avons tout quitté, et nous t'avons suivi. » (Matthieu 19:27), dit-il. Se rappelant la promesse conditionnelle faite au jeune chef : « Tu auras un trésor dans le ciel. », il demanda ce que lui et ses amis recevraient en récompense de leurs sacrifices.

La réponse du Sauveur fit tressaillir le coeur de ces pêcheurs galiléens. Elle décrivait les honneurs qui réaliseraient leurs plus beaux rêves : « Je vous le dis en vérité, quand le Fils de l'homme, au renouvellement de toutes choses, sera assis sur le trône de sa gloire, vous qui m'avez suivi, vous serez de même assis sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d'Israël. » (Matthieu 19:28) Et il ajouta : « Je vous le dis en vérité, il n'est personne qui, ayant quitté, à cause de moi et à cause de la bonne nouvelle, sa maison, ou ses frères, ou ses soeurs, ou sa mère, ou son père, ou ses enfants, ou ses terres, ne reçoive au centuple, présentement dans ce siècle-ci, des maisons, des frères, des soeurs, des mères, des enfants, et des terres, avec des persécutions, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle. » (Marc 10:29,30)

Mais la question de Pierre : « Qu'en sera-t-il pour nous? » (Matthieu 19:27) avait révélé un esprit qui, s'il n'était pas réformé, empêcherait les disciples de devenir les ambassadeurs du Christ, car c'était là l'esprit d'un mercenaire. Quoique attirés par l'amour de Jésus, les disciples n'étaient pas encore exempts de tout pharisaïsme. Ils travaillaient avec l'idée que leur rétribution serait proportionnée à leurs efforts. Ils avaient tendance à se glorifier eux-mêmes, et à se comparer les uns aux autres. L'un d'entre eux venait-il à commettre une faute quelconque, les autres se laissaient aller à des sentiments de supériorité.

De peur que ses disciples ne perdent de vue les principes évangéliques, Jésus leur dit une parabole pour illustrer la manière d'agir de Dieu à l'égard de ses serviteurs, et l'esprit dans lequel ils devaient travailler pour lui.

« Le royaume des cieux, dit-il, est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne. » (Matthieu 20:1) C'était alors la coutume, pour les hommes qui cherchaient du travail, de se rendre sur la place du marché et d'y attendre qu'un employeur vienne leur en proposer. Ainsi, dans notre parabole, nous voyons un maître de maison sortir à différentes heures du jour pour embaucher des ouvriers. Les premiers engagés convinrent d'un certain salaire, et ceux qui furent engagés plus tard laissèrent la question de leur rétribution au bon vouloir de l'employeur.

« Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers, et paie-leur le salaire, en allant des derniers aux premiers. Ceux de la onzième heure vinrent, et reçurent chacun un denier. Les premiers vinrent ensuite, croyant recevoir davantage; mais ils reçurent aussi chacun un denier. (Matthieu 20:8-10)

Dans ses rapports avec les vignerons, le maître représente Dieu dans ses relations avec les hommes. Ses voies diffèrent des usages en vigueur ici-bas. Dans les affaires de ce monde, le salaire est proportionné à la somme de travail que l'on accomplit. L'ouvrier ne s'attend à recevoir que ce qu'il a gagné. Dans la parabole, au contraire, le Christ met en évidence les principes de son royaume, qui n'est pas de ce monde et n'est pas dirigé par des lois humaines. N'est-ce pas le Seigneur qui déclare : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies. ... Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, Et mes pensées au-dessus de vos pensées. » (Ésaïe 55:8,9) ?

Les premiers ouvriers engagés acceptèrent de travailler pour une certaine somme, qu'ils reçurent, sans plus, le soir venu. Ceux qui furent embauchés par la suite crurent à cette promesse du maître : « Je vous donnerai ce qui est raisonnable. » (Matthieu 20:4) Ils eurent confiance en sa justice et en son équité; ils ne demandèrent rien au sujet de leur salaire. Ils furent récompensés, non pas selon leur travail, mais selon la générosité du maître.

Ainsi Dieu désire que nous nous en remettions à celui qui justifie le pécheur. Il nous donne sa récompense, non d'après nos mérites, mais « selon le dessein éternel qu'il a mis à exécution par Jésus-Christ notre Seigneur » (Éphésiens 3:11) « Il nous a sauvés, non à cause des oeuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde. » (Tite 3:5) Il fera pour ceux qui mettent leur confiance en lui « infiniment au delà de tout ce que nous demandons ou pensons » (Éphésiens 3:20).

Ce qui fait la valeur de notre service aux yeux de Dieu, ce n'est pas la somme de travail que nous accomplissons ni les résultats visibles de nos efforts, mais l'esprit dans lequel nous agissons. Les ouvriers de la onzième heure s'estimèrent heureux de l'occasion qui leur était donnée de travailler; leur coeur vibrait de reconnaissance envers celui qui avait consenti à les engager. Le soir venu, lorsque le maître leur accorda le salaire d'une journée entière, ils en furent grandement surpris, car ils ne pensaient pas mériter autant. La bonté qu'ils lisaient sur son visage les remplissait de joie. Jamais ils n'oublièrent sa générosité, ni le salaire inespéré qu'ils avaient reçu. Il en est de même du pécheur qui s'est engagé à servir le Maître avec le sentiment de son indignité, alors que la onzième heure du jour est déjà arrivée. Son temps de service lui semble être bien court, et il a l'impression de ne mériter aucun salaire. Mais la pensée que Dieu l'a accepté remplit son coeur de joie. Il travaille avec humilité et confiance, heureux d'être ouvrier avec le Christ. C'est un tel esprit que le Seigneur se plaît à honorer.

Jésus désire que nous nous reposions sur lui sans nous inquiéter de la récompense. La question de la rétribution passe à l'arrière-plan, quand il habite dans nos coeurs, car ce n'est pas le mobile qui nous fait agir. Accessoirement, il est vrai, nous devrions avoir égard à la rémunération. Dieu désire nous voir apprécier les bénédictions promises, mais il ne veut pas que nous soyons impatients de recevoir la récompense, ni que nous nous attendions à une rétribution pour chaque devoir accompli. Il nous faut faire ce qui est bien sans nous inquiéter du gain que nous en retirerons. Le mobile de nos actions devrait être l'amour de Dieu et du prochain.

Cette parabole n'excuse nullement ceux qui ont entendu le premier appel à entrer dans la vigne, mais qui ont négligé d'y répondre. Quand, à la onzième heure, le maître de la maison se rendit sur la place du marché et y rencontra des hommes inoccupés, il leur dit : « Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire? Ils lui répondirent : « C'est que personne ne nous a loués. » (Matthieu 20:6,7) Aucun des ouvriers engagés tard dans la journée ne se trouvait là le matin. Ils n'avaient donc pas rejeté l'appel. Ceux qui refusent et qui plus tard se repentent font certainement bien de se repentir, mais il est dangereux de prendre à la légère le premier appel de la miséricorde divine.

Quand les ouvriers, la journée terminée, « reçurent chacun un denier » (Matthieu 20:9,10), ceux qui avaient commencé le travail dès la pointe du jour en furent mécontents. N'avaient-ils pas peiné douze heures? N'auraient-ils pas dû obtenir plus que ceux qui n'avaient travaillé qu'une heure, et cela dans la partie la moins chaude de la journée? « Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, disent-ils, et tu les traites à l'égal de nous, qui avons supporté la fatigue du jour et la chaleur. » (Matthieu 20:12-16)

« Mon ami, répondit à l'un d'eux le maître de la maison, je ne te fais pas tort; n'es-tu pas convenu avec moi d'un denier? Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi. Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux? Ou vois-tu de mauvais oeil que je sois bon? -- Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers. » (Matthieu 20:12-16)

Les ouvriers de la première heure représentent ceux qui, en vertu de leur état de service, estiment avoir plus de droits que les autres. Ils se mettent à l'ouvrage avec un sentiment de supériorité, et non avec un esprit d'abnégation et de sacrifice. Il se peut qu'ils aient fait profession de servir Dieu toute leur vie, qu'ils aient été les premiers à endurer la fatigue, les privations, les épreuves; c'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils prétendent mériter une forte récompense. Ils pensent plus à celle-ci qu'au privilège d'être les serviteurs du Christ. À leur point de vue, tous ces travaux et ces sacrifices leur donnent droit à une rémunération plus grande que celle de leurs compagnons; parce qu'il n'en est pas ainsi, ils en sont scandalisés. S'ils apportaient dans leurs activités un esprit de foi et d'amour, ils resteraient à la première place. Mais leur esprit revendicatif n'est pas conforme à celui du Christ et montre combien ils sont peu dignes de confiance. Ils dévoilent ainsi leur ambition personnelle, leur doute à l'égard de Dieu et la jalousie que leur inspire la prospérité de leurs frères. La bonté et la libéralité du Seigneur ne sont pour eux que des occasions de murmurer. Ils prouvent qu'ils ne sont pas en communion avec Dieu. Ils ne connaissent pas la joie de la collaboration avec le maître de la moisson.

Rien n'offense davantage notre Père qu'un esprit étroit et égoïste. Dieu ne peut se servir de ceux qui sont animés de tels sentiments, car ils sont insensibles à l'action du Saint-Esprit.

Les Juifs avaient été les premiers appelés à entrer dans la vigne du Seigneur; ils en conçurent de l'orgueil et devinrent des propres justes. Ils considérèrent leurs longues années de service comme leur donnant le droit de recevoir une plus grande récompense que les autres. Ils s'exaspéraient par-dessus tout lorsqu'on leur laissait entendre que les Gentils seraient l'objet de privilèges spirituels semblables aux leurs.

Le Christ avertit les disciples, qui avaient été les premiers appelés à le suivre, de crainte qu'ils ne tombent dans le même travers. Il vit qu'un esprit de propre justice serait une cause de faiblesse et de malédiction pour son Église. Les hommes se jugeraient capables de faire quelque chose pour mériter une place dans le royaume des cieux. Ils s'imagineraient qu'au moment où ils auraient réalisé certains progrès, le Seigneur leur viendrait en aide. Ainsi, ils s'occuperaient beaucoup plus d'eux-mêmes que de Jésus. Plusieurs de ceux qui avaient fait quelques progrès allaient être enflés d'orgueil et se croire supérieurs aux autres. Ils en recevraient avec empressement les adulations, et veilleraient jalousement à occuper une place très importante dans l'estime de leurs semblables. C'est contre ce danger que le Seigneur mit en garde ses disciples.

Se vanter de ses mérites personnels est un acte déplacé. « Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, que le fort ne se glorifie pas de sa force, que le riche ne se glorifie pas de sa richesse. Mais que celui qui veut se glorifier se glorifie d'avoir de l'intelligence et de me connaître, de savoir que je suis l'Éternel, qui exerce la bonté, le droit et la justice sur la terre; car c'est à cela que je prends plaisir, dit l'Éternel. » (Jérémie 9:23,24)

La récompense n'est pas donnée à cause des oeuvres, de crainte que quelqu'un ne s'en prévale, mais par pure grâce : « Que dirons-nous donc qu'Abraham, notre père, a obtenu selon la chair? Si Abraham a été justifié par les oeuvres, il a sujet de se glorifier, mais non devant Dieu. Car que dit l'Écriture? Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. Or, à celui qui fait une oeuvre, le salaire est imputé, non comme une grâce, mais comme une chose due; et à celui qui ne fait point d'oeuvre, mais qui croit en celui qui justifie l'impie, sa foi lui est imputée à justice. » (Romains 4:1-5)

Nul n'a donc sujet de se glorifier ou de se plaindre en se comparant aux autres. Aucun n'est privilégié aux dépens de ses semblables, et personne ne peut faire valoir des droits à la récompense.

Le premier et le dernier doivent avoir part à la vie éternelle, et il conviendrait que le premier accueille joyeusement le dernier. Celui qui murmure à propos de la rétribution accordée à un autre oublie qu'il n'est lui-même sauvé que par grâce. La parabole des ouvriers condamne tout esprit de jalousie et de suspicion. L'amour se réjouit de la vérité et ne fait pas de comparaison dictée par l'envie. Celui qui possède l'amour ne compare que la beauté du Christ avec les défauts de son propre caractère.

Cette parabole est un avertissement pour tous les ouvriers du Seigneur. Quelles que soient l'ancienneté de leurs services et l'importance de leurs labeurs, sans amour pour leurs frères et sans humilité devant Dieu, ils ne sont rien. Il n'y a pas de religion dans la glorification du moi. Celui qui s'exalte lui-même se trouvera privé de la grâce qui assure son efficacité au service du Christ. Celui qui se laisse aller à l'orgueil ou à la présomption n'accomplira qu'un travail défectueux.

Ce n'est pas le temps que nous pouvons consacrer à la tâche qui nous rend agréables à Dieu, mais notre empressement à le servir et notre fidélité. Notre vie doit se caractériser par l'abnégation. Le moindre effort, fait en toute sincérité et avec désintéressement, plaît beaucoup plus au Seigneur que de grands exploits entachés d'égoïsme. Dieu nous sonde pour voir si l'esprit du Christ habite en nous, et il note jusqu'à quel point nos actes reflètent son image. À ses yeux, notre amour et notre fidélité dans la tâche comptent plus que la somme de travail accompli.

Le Christ ne sera l'hôte de notre âme et Dieu ne nous reconnaîtra pour ses ouvriers qu'à partir du moment où notre égoïsme sera vaincu, où nous cesserons de lutter pour la suprématie, où notre coeur sera rempli de reconnaissance et où l'amour parfumera notre vie.

Si pénible que soit la tâche, les véritables ouvriers ne la considèrent pas comme une corvée. Ils sont prêts à dépenser et à se dépenser sans compter, aimant leur travail et s'y livrant d'un coeur joyeux. Jésus-Christ exprime parfaitement cette joie quand il dit : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé, et d'accomplir son oeuvre. » (Jean 4:34) Il s'agit de coopérer avec le Seigneur de gloire. Cette pensée adoucit les tâches; elle fortifie la volonté et affermit l'esprit pour tout ce qui peut survenir. En collaborant avec abnégation, en s'ennoblissant par la participation aux souffrances du Christ, en partageant sa compassion, on contribue à augmenter sa joie et à faire rejaillir gloire et honneur sur son saint nom.

Tel est l'esprit du véritable service. Faute d'en être animés, beaucoup de ceux qui nous paraissent les premiers seront les derniers, tandis que ceux qui le possèdent, même s'ils sont jugés les derniers, deviendront les premiers.

Plusieurs se sont donnés au Christ et ne trouvent néanmoins aucune occasion de faire pour lui de grandes choses ou des sacrifices importants. Qu'ils se consolent à l'idée que ce n'est pas nécessairement le sort du martyr qui est le plus agréable à Dieu. Il se peut que ce ne soit pas le missionnaire affrontant tous les jours le danger et la mort qui occupe la première place dans les livres du ciel. Celui qui est réellement chrétien dans sa vie privée, dans ses luttes quotidiennes contre le moi, et qui l'exprime par la sincérité et la pureté de ses pensées, par sa douceur sous la provocation, par sa foi, sa piété et sa fidélité dans les petites choses, celui qui, dans son foyer, reflète le caractère du Christ, celui-là peut être plus précieux aux yeux de Dieu que le missionnaire ou le martyr mondialement célèbres.

Oh! combien les barèmes humains diffèrent de celui que le Seigneur emploie pour mesurer le caractère! Dieu voit les nombreuses tentations auxquelles on a résisté, alors que le monde et même les amis intimes les ignorent -- tentations surgies dans le cercle familial ou dans les profondeurs du coeur. Il voit l'humilité de l'âme qui ressent sa propre faiblesse, et la repentance profonde qu'elle éprouve au sujet d'une seule mauvaise pensée. Il voit la consécration sans réserve apportée à son service. Il a tenu un compte précis des combats victorieux livrés contre le moi. Dieu et les anges connaissent tout cela. Un livre de souvenir est écrit devant l'Éternel en faveur de ceux qui le craignent et bénissent son nom.

Ce n'est ni dans la science, ni dans la condition sociale, ni dans le nombre et la qualité de nos talents, ni dans la volonté de l'homme qu'il faut aller chercher le secret du succès. Conscients de notre faiblesse, nous avons à contempler le Christ, qui est à l'origine de toute force et de toute pensée; en nous soumettant à lui, nous remporterons victoire sur victoire.

Si court et si efface que soit notre service, si nous suivons Jésus avec foi, nous ne serons pas frustrés de la récompense. Les plus humbles et les plus faibles peuvent recevoir ce que les plus grands et les plus sages ne sauraient gagner. Les portes d'or du ciel ne s'ouvriront jamais devant les orgueilleux, ni devant les hautains, mais elles céderont à la timide poussée du petit enfant. Magnifique sera la récompense de la grâce réservée à ceux qui auront travaillé pour Dieu dans la simplicité de la foi et de l'amour!