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Les paraboles de Jésus

Chapitre 20

Le gain qui est une perte

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Le Christ enseignait et, comme à l'accoutumée, un groupe s'était formé autour de ses disciples. Le Maître venait précisément de parler à ceux-ci des scènes auxquelles ils devaient bientôt participer. Ils allaient être appelés à répandre les vérités qu'il leur avait confiées, et se trouveraient aux prises avec les grands de ce monde. À cause de lui, ils seraient traduits en justice et comparaîtraient devant des magistrats et des rois. Mais ils recevraient une sagesse à laquelle nul ne pourrait tenir tête. Ses paroles, qui touchaient le coeur des foules et confondaient ses rusés adversaires, témoignaient de la puissance de l'Esprit qui habitait en lui et qu'il avait promise à ses disciples.

Mais beaucoup n'aspiraient aux grâces du ciel que pour un but égoïste. Ils reconnaissaient la merveilleuse puissance qui agissait par le Christ pour exposer clairement la vérité. Ils savaient qu'il avait promis à ses disciples la sagesse nécessaire pour comparaître devant les gouverneurs et les magistrats. Ne mettrait-il pas également son pouvoir à la disposition de leurs visées temporelles?

« Quelqu'un dit à Jésus, du milieu de la foule : Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » (Luc 12:13) Par Moïse, Dieu avait donné des lois touchant la transmission de l'héritage. Le fils aîné devait recevoir une portion double des biens paternels, tandis que chacun de ses frères plus jeunes avait droit à une part égale de ce qui restait (Deutéronome 21:17). Cet homme estimait que son frère l'avait lésé dans le partage de leurs biens. Il n'avait pas réussi à obtenir ce qu'il croyait être son dû. Mais, se disait-il, si le Christ consentait à intervenir, il aurait sans doute gain de cause. Il avait entendu les vibrants appels de Jésus et ses solennelles condamnations à l'égard des scribes et des pharisiens. S'il s'adressait à son frère avec la même autorité, celui-ci n'oserait sans doute plus refuser de partager.

C'est au milieu des instructions solennelles du Christ que cet homme vint exhiber son égoïsme. Il voyait tout le parti qu'il pourrait tirer de la puissance du Seigneur en vue de ses intérêts matériels; mais les vérités spirituelles n'avaient eu aucune prise sur son esprit et sur son coeur. Il n'avait qu'une idée en tête prendre possession de son héritage. Jésus, le Roi de gloire, s'était fait pauvre pour nous, de riche qu'il était, et il offrait à cet homme les trésors de l'amour divin. Le Saint-Esprit le sollicitait de s'assurer « un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir » (1 Pierre 1:4). Il avait eu des preuves de la puissance du Christ. Maintenant, l'occasion se présentait à lui de s'adresser au grand Maître pour lui exprimer ses désirs les plus chers. Mais, comme l'un des personnages du « Voyage du Pèlerin » de Bunyan, ses yeux étaient fixés sur la terre, il n'apercevait pas la couronne qui était sur sa tête. Comme Simon le magicien, il considérait les dons de Dieu comme un moyen d'acquérir des biens terrestres.

La mission du Christ ici-bas touchait à son terme. Il ne restait plus au Sauveur que quelques mois pour achever l'oeuvre qu'il était venu accomplir en vue de l'établissement du royaume de sa grâce. Cependant, la cupidité humaine s'efforçait de l'en détourner pour l'entraîner dans une dispute au sujet d'un lopin de terre. Mais Jésus ne se laissa pas détourner de sa mission. « Ô homme, répondit-il, qui m'a établi pour être votre juge, ou pour faire vos partages? » (Luc 12:14)

Il aurait pu dire à cet homme exactement ce que demandait la justice. Il connaissait le cas. Mais les frères se disputaient parce que l'un et l'autre étaient avares. Le Christ dit virtuellement : « Il ne m'appartient pas de régler des différends de ce genre. » Il était venu dans une tout autre intention : prêcher l'Évangile et réveiller chez les êtres humains un sens des réalités éternelles.

L'attitude du Christ en présence d'une situation comme celle-là est une leçon pour tous ceux qui exercent un ministère en son nom. Voici le mandat qu'il a donné aux douze en les envoyant dans le monde : « Allez, prêchez, et dites : Le royaume des cieux est proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » (Matthieu 10:7,8) Les apôtres ne devaient pas s'occuper des différends d'ordre purement temporel. Leur mission consistait à persuader les hommes d'accepter la réconciliation avec Dieu.

C'est en s'appliquant à cette tâche qu'ils pouvaient être en bénédiction à l'humanité. Le Christ : voilà l'unique remède pour les péchés et les douleurs des hommes. Seul l'Évangile de la grâce a la puissance de guérir les maux qui rongent la société. L'injustice du riche à l'égard du pauvre et la haine de celui-ci envers le riche ont toutes deux leurs racines dans l'égoïsme, et l'on ne parvient à extirper celui-ci qu'en se soumettant à Jésus-Christ. Lui seul peut donner, en échange d'un coeur égoïste, un coeur à nouveau capable d'aimer. Que les serviteurs du Christ prêchent donc l'Évangile avec l'Esprit qui leur est envoyé du ciel et qu'ils travaillent comme leur Maître au bonheur de l'humanité, en exerçant sur elle une influence bienfaisante et ennoblissante. Ils constateront alors des résultats qu'il serait impossible d'obtenir par la seule puissance humaine.

Notre Seigneur s'attaqua à la racine du problème qui troublait cet homme, et régla tous les litiges analogues : « Gardez-vous avec soin de toute avarice; car la vie d'un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l'abondance.

» Et il leur dit cette parabole : Les terres d'un homme riche avaient beaucoup rapporté. Et il raisonnait en lui-même, disant : Que ferai-je? car je n'ai pas de place pour serrer ma récolte. Voici, dit-il, ce que je ferai j'abattrai mes greniers, j'en bâtirai de plus grands, j'y amasserai toute ma récolte et tous mes biens; et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; repose-toi, mange, bois, et te réjouis. Mais Dieu lui dit : Insensé! Cette nuit même ton âme te sera redemandée; et ce que tu as préparé, pour qui sera-t-il? Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n'est pas riche pour Dieu. » (Luc 12:15-21)

Par la parabole du riche insensé, le Christ mit en évidence la folie de ceux qui placent toutes leurs affections dans les biens de ce monde. Cet homme avait tout reçu de Dieu : le soleil avait brillé sur ses terres, car celui-ci éclaire de ses rayons les bons et les méchants, et les ondées du ciel tombent sur le champ de l'injuste comme sur celui du juste. Le Seigneur avait fait prospérer la végétation et avait accordé à ce propriétaire des récoltes abondantes. Ses greniers regorgeaient, et il était perplexe, car il n'avait pas de place pour loger le surplus du produit de ses champs. Il ne pensait pas à Dieu qui l'avait comblé de tous ces biens. Il oubliait que le Seigneur l'avait établi administrateur de ces richesses pour venir en aide aux nécessiteux. Il avait là une belle occasion d'être un généreux dispensateur entre les mains de Dieu, mais il ne pensait qu'à ses aises.

Son attention s'était portée sur la situation des pauvres, des orphelins, des veuves, des malades et des affligés : autant de cas qui demandaient son assistance. Il aurait pu facilement se décharger d'une partie de son superflu, et mettre ainsi de nombreuses familles à l'abri du besoin; bien des affamés auraient pu être rassasiés; ceux qui n'avaient pas de vêtements auraient pu se vêtir; il aurait pu rendre heureux bien des coeurs, exaucer lui-même de nombreuses requêtes. Un concert de louanges serait ainsi monté vers le ciel. Le Seigneur avait entendu les prières des malheureux et, dans sa bonté, il leur avait préparé le nécessaire (Psaume 68:11). Il avait été pourvu abondamment aux besoins de plusieurs par les bénédictions accordées à l'homme riche. Mais celui-ci avait fermé son coeur au cri des pauvres. Il avait dit à ses serviteurs : « Voici ce que je ferai : j'abattrai mes greniers, j'en bâtirai de plus grands, j'y amasserai toute ma récolte et tous mes biens; et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; repose-toi, mange, bois, et te réjouis. »

Les aspirations de ce riche n'étaient pas plus élevées que celles des animaux. Il vivait comme s'il n'y avait ni Dieu, ni ciel, ni vie à venir; comme si tout ce qu'il possédait lui appartenait en propre, et qu'il ne doive rien ni à Dieu ni aux hommes. C'est un homme de ce genre que le psalmiste décrit dans ce passage : « L'insensé dit en son coeur : il n'y a point de Dieu! » (Psaume 14:1)

Ce propriétaire vivait et concevait des plans pour lui seul. Il veillait à ce que son avenir soit largement assuré, et il ne pensait qu'à accumuler le fruit de ses travaux pour en jouir. Il se considérait comme le plus favorisé des hommes, et il en attribuait la gloire à sa prévoyance et à son savoir-faire. Il était honoré par ses concitoyens comme un homme judicieux et prospère -- car « on te louera, si tu te fais du bien » (Psaume 49:18, version Darby).

Mais « la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu » (1 Corinthiens 3:19). Tandis que le riche se promet des années de plaisir, Dieu fait des plans tout différents. Il adresse à cet économe infidèle ce message : « Insensé! cette nuit même ton âme te sera redemandée. » L'argent ne pourra rien contre une pareille sentence, et les biens qu'il a accumulés ne sauraient lui accorder aucun sursis. En un instant, ce qu'il a amassé au prix du travail de toute une vie pour se mettre à l'abri du besoin lui devient inutile. « Ce que tu as préparé, pour qui cela sera-t-il? » Ses champs immenses, ses greniers bien remplis lui échappent. « Il amasse, et il ne sait qui recueillera. » (Psaume 39:7)

Il ne s'est pas assuré la seule chose qui pourrait maintenant lui être utile. Dans son égoïsme, il a repoussé l'amour de Dieu qui se serait répandu sur les autres par des actes de miséricorde. Il a ainsi rejeté la vie -- car Dieu est amour et son amour est vie. Ce riche a préféré le terrestre au spirituel, et il doit disparaître avec ce qui est terrestre. « L'homme qui est en honneur, et qui n'a pas d'intelligence, est semblable aux bêtes que l'on égorge. » (Psaume 49:21)

« Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, mais qui n'est pas riche pour Dieu. » Ce tableau correspond à une réalité de tous les temps. Vous pouvez faire des plans en vue de votre avantage personnel, accumuler des trésors, édifier de grandes et hautes bâtisses, comme l'ont fait les fondateurs de l'antique cité de Babylone; mais vous ne pourrez jamais construire des murailles assez élevées et des portes assez solides pour barrer la route aux messagers du jugement. « Le roi Belschatsar donna un grand festin à ses grands , et il loua les dieux d'or, d'argent, d'airain, de fer, de bois et de pierre. » Mais la main d'un Être invisible inscrivit sa condamnation sur la paroi, et l'on ne tarda pas à entendre les pas des soldats ennemis aux portes du palais. « Cette même nuit, Belschatsar, roi des Chaldéens, fut tué », et un monarque étranger s'assit sur le trône. ( Daniel 5:30)

Vivre pour soi, c'est périr. L'avarice, le désir d'un profit personnel immédiat, sépare l'âme de la source de la vie. C'est l'esprit de Satan qui persuade l'homme d'amasser et d'accaparer des biens, tandis que celui de Jésus-Christ invite à la générosité et au sacrifice en faveur des autres. « Et voici ce témoignage, c'est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils à la vie; celui qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie. » (1 Jean 5:11,12)

C'est la raison pour laquelle il a dit : « Gardez-vous avec soin de toute avarice; car la vie d'un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l'abondance. »