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Les paraboles de Jésus

Chapitre 19

La mesure du pardon

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Pierre vint un jour demander à Jésus : « Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu'il péchera contre moi? Sera-ce jusqu'à sept fois? » (Matthieu 18:21) Les rabbins limitaient le pardon à trois offenses. Pour se conformer à ce qu'il croyait être la pensée du Maître, Pierre en porta la limite à sept fois, chiffre exprimant l'idée de la perfection. Mais le Christ enseigna que nous ne devons jamais nous lasser de pardonner : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, dit-il, mais jusqu'à septante fois sept fois. » (Matthieu 18:22)

Ensuite, il expliqua sur quelle base le pardon doit être accordé, et montra qu'il est dangereux d'entretenir dans son coeur des ferments de rancune. Dans une parabole, il cita le comportement d'un roi envers les dignitaires auxquels il avait confié les affaires de son gouvernement. Quelques-uns d'entre eux recevaient des sommes considérables qui appartenaient à l'État. Le monarque ayant entrepris d'examiner leur gestion, on lui en amena un dont les comptes accusaient l'énorme découvert de dix mille talents. Il était incapable de restituer ce qu'il avait pris. Comme c'était la coutume, le roi, pour rentrer dans ses fonds, ordonna qu'on le vende avec tout ce qu'il possédait. Terrifié, le pauvre homme tomba à ses pieds, en s'écriant : « Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout. » (Matthieu 18:26) Saisi de pitié, le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit sa dette.

« Après qu'il fut sorti, ce serviteur rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le saisit et l'étranglait, en disant : Paie ce que tu me dois. Son compagnon, se jetant à terre, le suppliait, disant : Aie patience envers moi, et je te paierai. Mais l'autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu'à ce qu'il ait payé ce qu'il devait. Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s'était passé. Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit : Méchant serviteur, je t'avais remis en entier ta dette, parce que tu m'en avais supplié; ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j'ai eu pitié de toi? Et son maître irrité le livra aux bourreaux, jusqu'a ce qu'il eût payé tout ce qu'il devait. » (Matthieu 18:28-34)

Cette parabole nous donne certains détails qui sont indispensables à la présentation du tableau, mais qui n'ont aucune signification spirituelle. Il ne faut pas s'y arrêter. Les grandes vérités illustrées doivent seules retenir notre attention.

Le pardon accordé par le roi, c'est le pardon divin de tous nos péchés. Le Christ est représenté par ce souverain qui, ému de compassion, remit la dette de son serviteur. Les hommes se trouvaient sous la condamnation de la loi transgressée; il leur était impossible de se sauver eux-mêmes. C'est la raison pour laquelle Jésus vint ici-bas, revêtant sa divinité de notre humanité. Lui, le juste, sacrifia sa propre vie pour racheter des injustes. Après s'être donné pour nos péchés, il offre gratuitement à toute âme le pardon acquis par son sang. « La miséricorde est auprès de l'Éternel, et la rédemption est auprès de lui en abondance. » (Psaume 130:7)

Telle est la base sur laquelle nous devons accorder le pardon à ceux qui sont pécheurs comme nous. « Si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres. » « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » (Jean 4:11; Matthieu 10:8)

Quand le débiteur de la parabole eut demandé un délai, en disant : « Aie patience envers moi, et je te paierai tout », la condamnation fut annulée. Toute sa dette lui fut remise. Il eut bientôt l'occasion d'exercer à son tour la miséricorde, à l'exemple de son maître. À peine sorti, il rencontra un de ses compagnons qui lui devait une petite somme d'argent. Il lui avait été remis dix mille talents, et son débiteur ne lui devait que cent deniers. Mais celui qui avait été traité avec tant de compassion agit tout différemment à l'égard de son camarade. Son débiteur lui adressa une requête analogue à celle qu'il avait lui-même présentée au roi, mais sans succès. Celui à qui l'on venait d'accorder le pardon se montra dur et sans pitié. C'est en vain que son débiteur lui demanda d'user de patience envers lui. Tout ce dont voulait se souvenir l'ingrat serviteur, c'est de la petite somme qui lui était due. Il exigea tout ce qui lui revenait et il exécuta une sentence semblable à celle qui venait d'être si miséricordieusement annulée en sa faveur.

Comme ils sont nombreux ceux qui, de nos jours, manifestent le même esprit! Quand le serviteur du roi suppliait son souverain d'avoir pitié de lui, il ne se rendait compte ni de l'énormité de sa dette ni de son incapacité à s'en acquitter. Il espérait pouvoir se libérer lui-même. « Aie patience envers moi, s'écria-t-il, et je te paierai tout. » Il existe encore des personnes qui croient mériter la faveur divine par leurs oeuvres. Elles ne sont pas conscientes de leur impuissance. Elles n'acceptent pas la grâce de Dieu comme un don gratuit, mais elles tentent d'acquérir la justice par leurs propres efforts. Leur coeur n'est pas brisé et humilié à la pensée de leur péché, et elles se montrent exigeantes et implacables pour les autres. Leurs offenses contre Dieu, au regard des fautes que leurs frères ont pu commettre envers elles, sont comme dix mille talents par rapport à cent deniers -- environ un million comparé à une unité -- et pourtant elles refusent de pardonner à leurs semblables.

Dans la parabole, le maître convoqua ce serviteur intraitable et lui dit : « Méchant serviteur, je t'avais remis en entier ta dette, parce que tu m'en avais supplié; ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j'ai eu pitié de toi? Et son maître irrité le livra aux bourreaux, jusqu'à ce qu'il ait payé tout ce qu'il devait. » « C'est ainsi, dit Jésus, que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son coeur. » (Matthieu 18:35) Quiconque refuse de se montrer clément repousse loin de lui tout espoir de pardon.

Mais il ne faudrait pas faire une fausse application de l'enseignement de cette parabole. Le pardon de Dieu ne nous dispense aucunement de l'obéissance que nous lui devons. Il en est de même de l'esprit de clémence à l'égard du prochain il ne dispense personne de la soumission à ses obligations. Dans la prière que Jésus enseigna aux disciples, il dit : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » (Matthieu 6:12) Il ne dit pas que pour obtenir le pardon nous ne devons pas réclamer un débiteur ce qu'il nous doit. S'il ne peut pas payer, fût-ce même par sa faute, il ne faut pas le jeter en prison ni le traiter avec dureté. Néanmoins, la parabole ne nous apprend pas à encourager l'indolence. L'Écriture déclare : « Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus. » (2 Thessaloniciens 3:10) Elle n'exige pas que celui qui gagne péniblement sa vie entretienne des paresseux, car il en est un grand nombre qui sont dans la pauvreté et la disette parce qu'ils gaspillent leur temps et ne se donnent pas la peine de subvenir à leurs besoins. S'ils ne se corrigent pas de leurs travers, tout ce qui sera fait en leur faveur le sera en pure perte, comme si l'on mettait un trésor dans un sac percé. Et pourtant, il existe des cas de pauvreté inévitable; aussi notre devoir est-il de manifester de la bonté et de la compassion envers les malheureux. Il faut traiter les autres comme nous désirerions être traités si nous nous trouvions dans de semblables circonstances.

Le Saint-Esprit, par l'intermédiaire de l'apôtre Paul, nous adresse cette exhortation : « Si donc il y a quelque consolation en Christ, s'il y a quelque soulagement dans la charité, s'il y a quelque union d'esprit, s'il y a quelque compassion et quelque miséricorde, rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même âme, une même pensée. Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l'humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-même. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ. » (Philippiens 2:1-5)

Mais le péché ne doit pas être considéré à la légère. Le Seigneur nous défend de le tolérer chez notre frère. « Si ton frère a péché, dit-il, reprends-le. » (Luc 17:3) Il faut appeler le péché par son nom et en parler franchement à celui qui s'en est rendu coupable.

Écrivant sous l'inspiration divine, l'apôtre Paul recommande à Timothée : « Insiste en toute occasion, favorable ou non, reprends, censure, exhorte, avec toute douceur et en instruisant. » (2 Timothée 4:2) Il écrit aussi à Tite : « Il y a... beaucoup de gens rebelles, de vains discoureurs et de séducteurs, auxquels il faut fermer la bouche. Reprends-les sévèrement, afin qu'ils aient une foi saine. » (Tite 1:10-13)

« Si ton frère a péché, dit le Sauveur, va et reprends-le entre toi et lui seul. S'il t'écoute, tu as gagné ton frère. Mais, s'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l'affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à l'Église; et s'il refuse aussi d'écouter l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. » (Matthieu 18:15-17)

Le Seigneur nous montre par ces paroles que les différends qui surgissent entre chrétiens doivent être réglés dans l'Église. Il ne faut pas les porter devant ceux qui ne craignent pas Dieu. Un converti vient-il à subir quelque injustice de la part d'un frère en la foi, qu'il évite de faire appel à un tribunal de non-croyants et qu'il suive l'instruction donnée par Jésus-Christ. Au lieu de chercher à se venger, qu'il s'efforce de sauver son frère. Dieu veille sur les intérêts de ceux qui l'aiment et le craignent, et c'est en toute confiance qu'ils peuvent s'en remettre à celui qui juge avec justice.

Trop souvent, lorsqu'une personne a été maintes fois offensée et que l'offenseur avoue sa faute, cette personne se lasse de pardonner et s'imagine qu'elle l'a fait suffisamment. Mais le Sauveur nous montre clairement comment nous devons nous comporter : « Si ton frère a péché, dit-il, reprends-le; et, s'il se repent, pardonne-lui. » (Luc 17:3) Ne le repousse pas comme indigne de confiance. « Prends garde à toi-même, est-il écrit, de peur que tu ne sois aussi tenté. » (Galates 6:1)

Si vos frères s'égarent, vous devez leur pardonner. Quand ils viennent à vous pour confesser leurs fautes, vous ne devez pas dire : « Ils ne se sont pas encore humiliés comme il faudrait. Je ne crois pas qu'ils aient un sentiment assez vif de leur péché. » De quel droit voudriez-vous les soumettre aux rigueurs de votre jugement comme si vous saviez ce qui se passe dans leurs coeurs? La parole de Dieu nous déclare : « S'il se repent, pardonne-lui. Et s'il a péché contre toi sept fois dans un jour, et que sept fois il revienne à toi, disant : je me repens, -- tu lui pardonneras. » (Luc 17:3,4), et cela non seulement sept fois, mais encore septante fois sept fois, autrement dit, aussi souvent que le Seigneur consent à nous pardonner.

C'est à la grâce de Dieu que nous devons tout ce que nous avons; c'est par elle que nous avons été adoptés; c'est encore elle qui a effectué notre rédemption, notre régénération, notre élévation à la qualité d'héritiers avec le Christ. Que cette grâce soit aussi révélée à d'autres.

Ne découragez pas celui qui s'est égaré, et ne blessez pas votre frère par une dureté digne des pharisiens; veillez à ce que votre coeur et votre esprit ne se laissent pas dominer par des sentiments d'amertume; que le ton de votre voix soit exempt de tout mépris. Si vous dites une seule parole de vous-même, si vous prenez une attitude indifférente, ou si vous montrez de la suspicion ou de la défiance, vous risquez de perdre une âme. Votre prochain a besoin de rencontrer un frère avec un coeur semblable à celui du Frère aîné, capable par sa sympathie de toucher son coeur humain. Il faut qu'il sente l'étreinte d'une main chaleureuse et qu'il entende dire : « Prions. » À tous deux, le Seigneur accordera une riche bénédiction, car la prière nous unit aux autres et à Dieu. C'est elle qui attire Jésus à nos côtés et communique aux coeurs abattus et défaillants une force nouvelle pour vaincre le monde, la chair et Satan; c'est elle qui détourne les assauts de cet adversaire.

Quand nous délaissons les imperfections humaines pour contempler Jésus, une transformation divine s'opère dans notre caractère. L'esprit du Christ agit sur le coeur et le modèle à son image. Faites donc tout ce qui dépend de vous pour exalter Jésus; tournez vos regards vers « l'agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde » (Jean 1:29). En entreprenant cette tâche, rappelez-vous que « celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s'était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés » (Jacques 5:20).

« Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » (Matthieu 6:15) Rien ne peut justifier celui qui n'a pas l'esprit de pardon. Qui ne se montre pas miséricordieux envers les autres prouve qu'il ne participe pas lui-même à la grâce de Dieu. La clémence d'en haut attire l'âme égarée à celui dont l'amour est infini. Le flot de la compassion divine envahit le coeur du pécheur et, par lui, se communique à d'autres. La tendresse et la miséricorde que le Christ a manifestées ici-bas se retrouveront chez ceux qui ont part à sa grâce. Mais « si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas » (Romains 8:9). Il est étranger à la vie de Dieu, et uniquement propre à être séparé de lui pour l'éternité.

Il est vrai qu'il peut avoir une fois été absous, mais son esprit sans pitié prouve qu'il rejette maintenant l'amour de Dieu qui pardonne. Il s'est écarté de lui et se trouve dans la même condition qu'avant d'avoir obtenu grâce. Il a renié sa repentance et il porte à nouveau ses péchés comme s'il ne s'était jamais repenti.

Voici la grande leçon qui se dégage de cette parabole : la compassion de Dieu contraste avec la dureté de l'homme; or le pardon divin doit nous donner la dimension de notre propre miséricorde. « Ne devais-tu pas avoir aussi pitié de ton compagnon, comme j'ai eu pitié de toi? »

Nous ne sommes pas pardonnés parce que nous pardonnons, mais comme nous pardonnons. La base de tout pardon se trouve dans l'amour immérité de Dieu; mais par notre attitude envers les autres, nous montrons si nous nous sommes approprié cet amour. Aussi le Christ dit-il : « On vous jugera du jugement dont vous jugez, et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. » (Matthieu 7:2)